Utiliser les séquences d’écriture créative centrées sur la personne dans vos accompagnements (interview)

 

Afin de vous faire découvrir la méthode des séquences d’écriture créative centrées sur la personne, j’ai interviewé Anouk Journo-Durey, entre autre praticienne et formatrice de cette méthode. Cette méthode et médiation me tient particulièrement à coeur, en ce sens où elle s’inscrit dans une démarche éducative et s’associe parfaitement à d’autres approches : ADVP, Histoires de vie,… Vous voulez enrichir votre approche éducative en accompagnement en orientation, évolution et insertion professionnelle, venez découvrir l’écriture créative centrée sur la personne.

 

 Interview : Anouk Journo-Durey interviewée par Emilie Grégoire

 

- Anouk, peux-tu te présenter ? Quelles sont tes activités ?

Exerçant en libéral, je suis linguiste – lexicographe angliciste, précisément -, écrivain – j’écris des fictions et documentaires, essentiellement pour la jeunesse – et formatrice-consultante en pratiques de l’écrit, après avoir été, longtemps, animatrice d’ateliers d’écriture, notamment dans le cadre d’actions d’insertion professionnelle et formatrice de français langue étrangère, mais aussi d’anglais pour adultes. J’ai également été journaliste médicale pour une émission de santé publique à Radio France. Autant d’activités qui pourraient se résumer à trois mots : créer, écrire, transmettre.

 

- Peux-tu expliquer ce qu’est la séquence d’écriture créative centrée sur la personne ?

Une séquence d’écriture créative centrée sur la personne est un temps d’écriture, généralement court – une dizaine de minutes maximum -, déclenché par une proposition d’écriture (un thème allié à des mots qui peuvent être choisis par la personne ou le groupe). Il s’agit alors de produire un texte bref, comme un fragment, dissocié de toute chronologie, de toute linéarité, sans se juger ni se préoccuper de questions orthographiques ou normées. L’objectif premier est l’expression de soi, dans un cadre qui est celui de la proposition d’écriture. La créativité est convoquée par la technique utilisée : on propose des mots à employer, on joue avec ces mots qui deviennent comme de « petits véhicules » nous menant là où l’imagination nous porte, un endroit où la logique seule serait sans doute limitante. Néanmoins, cette invitation à produire, à partir d’une partition de mots, ne peut être que si la posture du formateur, de l’animateur – du professionnel de l’accompagnement -, a été préalablement clarifiée et est en phase avec ce temps d’écriture créative.

 

- Concrètement à quoi peut servir cette méthode pour les professionnels de l’accompagnement en orientation, évolution et insertion professionnelles ?

Il s’agit plutôt d’une démarche éducative : une posture, des outils utilisant les mots, des lexiques et terminologies, ainsi qu’un ensemble de propositions d’écriture issues de dispositifs d’ateliers d’écriture convoquant la créativité langagière et textuelle. Cette démarche vise à aider les professionnels de l’accompagnement à mieux faire émerger savoir-être et savoir-faire, alors nommés, à mieux mobiliser le changement souhaité, à mieux esquisser – dessiner – les motivations à l’œuvre. La mise en mots de non-dits, grâce notamment aux démarches d’écriture-inventaire qui font jaillir une expression libre et cadrée tout à la fois, fragmentaire et pourtant unifiée, est extrêmement constructive. Cette démarche vient enrichir la palette d’outils dont disposent les professionnels, comme l’ADVP ou le photolangage.

 

- Quels sont les bénéfices de cette méthode ?

Issue de l’ensemble de mes pratiques professionnelles, la méthodologie que je propose allie créativité, production textuelle, expression de soi, enrichissement du vocabulaire, découverte de la langue… Les bénéfices sont donc multiples : on peut réussir à réconcilier la personne avec l’écrit, lui permettre d’enrichir son « dictionnaire intérieur », l’inviter à exprimer ses objectifs de manière originale, leur explicitation et, ainsi, étoffer l’élaboration de son projet professionnel. Le récit de vie peut aussi être sous-tendu et facilité grâce à cette démarche.

 

- Quelles sont les fondamentaux théoriques, les postulats sur lesquels reposent cette approche ?

Le structuralisme, en linguistique, le mouvement Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle), en littérature, et différentes approches pédagogiques ouvrant le champ des possibles. Freinet, Montessori… L’essentiel ? Permettre à la personne de trouver son monde, ses mots – parfois pour mieux dire ainsi ses maux -, et cheminer, évoluer.

 

- Qu’est ce qu’implique cette médiation par rapport à d’autres (photos, dessin, collage, etc) ?

L’écriture et l’écrit convoquent l’intime, le soi, de façon complexe en raison du lien effectué avec le passé scolaire des uns et des autres. Le rapport à l’écriture peut être associé à une grande souffrance. La démarche éducative recourant aux séquences d’écriture créative permet réconciliation, apaisement, avancée, découverte de soi. On peut également allier de telles séquences à des photos, à des dessins ou collages, ou proposer de dessiner si les mots ne viennent pas ou ne peuvent pas venir. Le dessin est langage.

 

- Les professionnels peuvent-ils utiliser cette approche pour n’importe quel public ? Par exemple, les personnes ayant des difficultés avec l’écriture ?

Absolument. C’est même vivement conseillé. Une personne en rupture avec l’écrit jouera facilement le jeu dans le cadre d’une approche telle que celle-ci. L’idée est vraiment de s’éloigner de la norme, des normes, notamment orthographiques, de valoriser l’expression par exemple d’un « parlécriture » afin, ensuite, de mobiliser l’envie d’apprendre.

 

- Tu formes les professionnels de l’accompagnement et de la formation à cette approche. Quelle est la spécificité de ta formation ?

J’ai travaillé pour une association d’insertion pendant plusieurs années et, de ce fait, sur le terrain, j’ai d’abord expérimenté auprès de nombreux groupes, en formation, tous âges confondus, de nombreux dispositifs visant à les mobiliser grâce à l’écriture. J’ai adapté les propositions d’écriture que j’animais en ateliers littéraires auparavant, après m’être moi-même formée à l’animation d’ateliers d’écriture chez Aleph. Parallèlement, étant auteur, pratiquant l’écriture au quotidien dans le cadre de mes activités éditoriales, et étant aussi formatrice dans le domaine du langage – français, anglais…-, j’ai bâti un ensemble de démarches qui ont été très productives. Par la suite, j’ai eu envie de former des professionnels de l’accompagnement car, contrairement au dispositif d’atelier d’écriture littéraire, il n’est pas nécessaire d’être écrivain pour animer des séquences d’écriture créative. En revanche, il est préférable d’avoir envie d’explorer, soi-même, le pouvoir et le poids des mots, avant d’inviter autrui à écrire. D’où l’importance de l’expérientiel dans la formation que je propose.

 

Pour en savoir plus sur Anouk JOURNO-DUREY : http://anouk-journo-durey.com

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